La rue

La rue c'est bien souvent les pas pressés que l'on détourne, les mots qui se ferment sur la méfiance, ces regards qui s'attardent et me suivent, les voitures qui forcent le passage que les piétons se donnent, les traveaux qui hurlent à mes oreilles. La rue c'est aussi parfois les rencontres de hasard, une dame qui me parle dans le bus, un papy rigolo, ce jeune homme qui retient la porte, le sourire amical de la guichetière, un regard que je croise humain en passant, tout ce qui nous rend réel l'un à l'autre.
Mais pourquoi tant de hargne à vouloir nier ceux qui nous entourent, et si peu d'audace à montrer son visage et à voir celui de l'autre ? Que craignons-nous ? Quel enjeu se cache dans la rue ?
Professionnellement nous devons paraître assurés, compétents, maîtres de nos émotions et plein d'efficacité : image flatteuse, portrait de l'Homme nouveau qui ne craint rien et gagne tout. En oublions-nous d'enlever le masque ? Pensons-nous vraiment que lui seul nous donne droit de cité dans cette société qui a perdu son âme à force de vendre son corps ?
Quand je me balade, je n'ai rien à prouver. Je n'ai rien à dire, mais je n'ai rien non plus à fuir. Sinon ces mots qui se ferment sur la méfiance, sinon ces regards qui s'attardent et me suivent, sinon ces voitures qui forcent le passage que piéton je me donne, sinon les traveaux qui hurlent à mes oreilles.
Quelqu'un m'aborde ? Oui, j'ai l'heure, non, je n'ai pas d'argent en ce moment, là-bas, vous trouverez ce que vous cherchez, désolée, le bus vient de passer, vous avez raison, il fait un drôle de temps. Bonjour ? Hé bien, bonjour ! Sourire. Les pas se séparent mais le sourire m'accompagne. Qu'il est plaisant d'échanger un peu d'humanité dans la ville !

Retour