Tais-toi | Ton amour | Le métro

Tais-toi

    Tais-toi mon coeur, ton temps viendra. Tais-toi, garde ta voix pour la douceur. Je n'entends plus que tomber mes larmes, je ne sens plus que le gouffre sous mes pas. Tais-toi mon coeur, je ne peux te soigner si tu gémis, si tu appelles, si tu cries. Je vais partir dans la montagne, j'en ramènerai une goutte de soleil, et tu vivras, et tu chanteras, et tu prendras soin de moi. Mais là dans la douleur, tais-toi, je dois trouver le vent.

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Ton amour

    Ton amour maman est l'elixir que ma soif appelle, dont la source jamais n'a délivré plus qu’une fade goutte de son bien précieux. Depuis longtemps déjà mes lèvres sont desséchées, elles se craquellent avec le vent des évènements et de la vie. J'imagine parfois le goût aimé, le goût aimant, ce qu’il serait en torrent furieux. Je me crée le souvenir de ce goût amer et merveilleux tout à la fois, un goût plein de saveur et de violence ; c’est un souvenir douloureux, un rêve au passé, duquel j’attends encore, pauvre enfant, une puissance nouvelle et irrésistible qui m’emporterait jusqu’au soleil de la nuit.
    Avec ton amour, maman, je serais reine du temps et de la terre, rien ne me ferait peur, tout serait facile. Avec ton amour, j’écarterais les bras pour accueillir tous les pleurs et les rires, les grandes questions et les petites, les certitudes parées de doutes et les doutes noyés de certitudes. Avec ton amour, je serais pleine, le ventre empli du monde, te ressemblant enfin selon ma faim.
    Mais ce n’est qu’un rêve vraiment, un rêve car si maintenant tu apprenais à ouvrir les bras, si dans tes yeux brillait l’amour et la tendresse, si ton sourire était pour moi, il serait trop tard maman, trop tard pour me rendre pleine, trop tard pour me rendre grande, tu ne comblerais que les gerçures de mes lèvres, les gerçures de mon coeur, sans soigner les crevasses de mon âme et de mon histoire. Je suis crevasses, et l’eau coule en moi.
    Sans doute sort-elle plus riche de mon sel.

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Le métro

    Lorsque je fus dans mon costume, je me pris pour un lapin. Mon poil était doux, j'y ai passé un doigt, mais l'odeur toujours n'y était pas. J'étais trop homme encore et n'y pouvait rien.
    J'entrai dans le métro, où un pauvre innocemment étalait la sottise des gens. Son jardin était un trou, les passants y déposaient des pièces creuses ou un regard furtif. Pas d'amour dans leur douleur, juste une curiosité morbide pour une situation impossible qui pourtant s'offrait, brûlante, à leur vision en fuite.
    Je me mis à bégayer, le secret de ma folie gagnait l'espace et dans la foule m'éclairait comme une bougie. Je ne ressentais pas le besoin de partir, mon esprit en accordéon aimait le piège facile. La mémoire me quittait par la bouche ou par l'oreille, tandis que le papier où le pauvre déposait sa triste maladie m'attirait avec passion.
    Je m'assis à côté de lui, mon poil touchant sa peau, pour souffler un baiser sur son coeur prison. Mais un éclair de haine brilla dans son regard, créant comme un nuage dans ma déclaration. J'entamais alors une danse maladroite, réussis l'exploit de fuir en sautant toujours plus vite...
    Quand je revins le métro était désert.

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