Formidable exercice que de manier les mots, mais lorsqu'on veut désespérément se faire comprendre on en vient à regretter amèrement que leur utilisation ne soit pas plus facile, leur sens universel, et leurs nuances plus nombreuses. Il y a des choses que l'on ne peut exprimer que de manière détournée, à travers des images et des rapprochements toujours un peu inadaptés. Ainsi en est-il des sentiments, trop particuliers pour qu'un code général puisse les retranscrire, et sans doute trop intimes aussi dans une culture marquée en son coeur par une religion qui réserve de telles effusions à l'unique faveur d'un Dieu tout puissant. Mais narrer ses expériences est une affaire tout aussi délicate : le vécu n'est pas transmissible, et son témoignage est lui aussi interprété à travers une sensibilité intimement rattachée à une expérience autre. Ce qui fait que l'on croit comprendre, lorsqu'on ne fait que projeter. La simple télépathie ne résoudrait pas le problème : c'est la plus forte empathie qu'il faudrait inventer, mais alors en même temps que les difficultés de la communication, on éliminerait les atouts de cet instrument qu'est le langage - car toujours il faut chercher plus profond en soi ce que l'on veut exprimer, et user d'inventivité pour contourner les limites d'un code trop généraliste et limité. Dans la recherche de la meilleure formulation, on peut également tomber dans les charmes de la poésie, souvent extrêmement subjective, ou l'on peut se dépouiller de tout le superflu pour tenter de ne faire passer que l'essentiel, et l'on se rapproche du langage scientifique, des équations. Mais connaissons-nous bien le champ de ce que l'on veut faire comprendre ? Il y a là un choix à faire, à moins de ce soin à nos capacités littéraires, à notre style propre. En fin de compte, on en revient toujours à : comprenne qui pourra. |