Gront'enfant


« Les grands deviennent bêtes. »
La mère d'Aloa s'était une fois de plus bardée de couleurs et de fragrances subtiles, revêtue de tissus soyeux qui laissaient deviner la courbe gracile de son corps d'à peine 20 ans ; elle allait rejoindre ce G'van - le nez d'Aloa se plissa de dégoût à l'évocation de son nom -, son dernier amant qui la faisait tourner en bourrique. En sa compagnie, Alianne ressemblait plus à une poupée vide de sa volonté, à un miroir déformé d'adoration, qu'à la femme fière - bien qu'un peu trop sensible - qu'Aloa connaissait mieux. Aloa avait bien décidé de ne pas finir comme ça. Elle se prsenta donc, dès le lendemain, devant la porte du gérontologue une minute avant qu'elle ne s'ouvre. Elle était la première.
Oh, il fût bien interloqué de voir arriver une fillette de 10 ans et demi, mais le docteur Sando se targait d'un professionnalisme irréprochable qui n'incluait pas, estima-t-il, quelque discrimination que ce soit. Il fit donc entrer sa patiente dans la petite pièce qui lui servait de bureau, attendit qu'elle se soit confortablement assise tandis qu'il consultait son profil médical - auquel il avait accès de par sa profession, dans l'espace de son local professionnel. Les caractères défilaient lentement devant son regard, confirmant son soupçon. La fillette avait bien 10 ans.
Les coudes sur la table, ses index se touchant, il se pencha alors au-dessus de la table.
   - « Vous venez pour commencer votre traitement. »
   - « Oui docteur, c'est bien ma décision. » Sa voix fluette était posée.
Sando toussota, mal à l'aise, et se recala dans son fauteuil de delva.
   - « Hem. Vous avez accès à vos ressources propres ? »
La fillette opina gravement. Il lui fit donc le topo habituel des nouveaux géronts, sans plus se soucier de la particularité de sa demande, et procéda aux analyses. Il voyait de très nombreux clients.

Quelques vingt minutes plus tard, Aloa sortait avec la plaquette précieusement collée contre son ventre et se dirigea, empreinte d'une concentration farouche, vers sa maison. Une plaquette, ça faisait 20 pillules, donc 20 mois, soit plus d'un an et demi. Il lui faudrait dorénavant compter cette dépense dans ses budgets. Sa mère ne devinerait rien avant quelque temps : même si elle ne grandissait pas, Aloa avait l'habitude d'utiliser seule la ConsoM pour renouveler sa garde-robe.
En partant, le docteur lui avait transmis un fichier explicatif dont une maigre rubrique était destinée aux patients n'ayant pas terminé leur formation. Aloa vit que parfois, le traitement empêchait la reprise de la croissance, il fallait donc y procéder médicalement. Ca ne l'inquita pas, le prix serait abordable lorsqu'elle gagnerait sa vie. Soit dans quinze ans environ. Ca faisait tard... Aloa pris la résolution de commencer dès ses 16 ans à travailler dans les vérifs, les jours sans classe. Ca ne lui coûterait pas dans le sens où elle ne ressentirait pas le besoin de dépenser tout son temps près des beaux yeux d'un amant. Toutes les ambitions lui étaient permises !

(Mais surtout qu'est-ce qu'elle craignait de changer, de devenir une étrangère sujette aux passions ! Oui, tout était pour le mieux dorénavant.)


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