Forcée


"Il m'a forcée. Mais tu sais, je l'aime !"

Pour ne pas vivre la salissure, légitimons l'acte coupable.
Transformer le moche en beau, ça se fait par l'affirmation des sentiments, ces sentiments qui transfigurent tout et effacent l'ombre. Je ne veux pas porter le fardeau du cauchemar, je ne veux pas vivre dans la peur, je ne veux pas détester les échos de ma mémoire.
Ce qui aurait donc dû me faire souffrir est au pire une petite erreur d'anticipation pardonnable, d'autant que j'ai moi-même maintenant cet élan qui m'approche de lui et me rend partie de lui. Ce n'est pas un corps étranger qui m'a touchée, c'est un bout de moi-même ; son contact dès lors était tout aussi naturel que mes mains qui se tiennent. Il n'y a pas agression dans ce monde interne, juste contradiction des volontés parfois, mais alors il importe peu de savoir laquelle gagne puisque chacune en a le droit.

Un jour, pourtant, l'amertume me gagne.



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